Le Figuier de Barbarie se mouille pour qu'il fasse beau !

Observatoire des Mondes Berbères

dimanche 25 novembre 2007

Troquée contre un pain de sucre

1Furtive rencontre

« Je vais vous conter l’histoire d’une rencontre », s’égosille un sexagénaire buriné à l’entrée du souk de Selouane, au milieu de criées et de bousculades. Interpellé par les vociférations du vieillard en sueur, un groupe de flâneurs s’agglutine sous un soleil éblouissant. Cette journée estivale est particulièrement chaude et l’atmosphère, irrespirable.

« Pas n’importe quelle rencontre ! » répète-t-il. « Une rencontre aussi furtive qu’une étoile filante que j’ai vécue lorsque j’étais jeune homme, il y a donc très, très longtemps. Un coup de foudre qui a bouleversé mon existence. Une confrontation où l’impression de ne rien maîtriser, ni les mots ni les événements, vous envahit et vous asservit. »

Vif et déterminé, le vieux farfelu met en scène son corps bâti tel un fortin. Il s’approche de l’un de ses congénères rameutés et le regarde droit dans les yeux. La mine enthousiaste, le geste brusque, le conteur l’interpelle : « Crois-tu que cette histoire se soit déroulée dans un souk comme celui-ci ou dans une fête ? Pas du tout. Elle a eu lieu entre les taillis et la rocaille. Un environnement hostile et désolé dans lequel je me suis retrouvé nez à nez avec une femme, qui plus est, là où il était plus probable de tomber sur un lièvre ou une gerboise que sur une femme…

Et quelle femme ! »

Le vieux raconteur ferme ses petits yeux, un instant, et feigne humer l’air, le nez remonté vers le ciel. Puis, il soupire en baissant la tête : « Depuis ce jour là, la canicule me semble plus supportable. La roche naguère terne me parait désormais scintiller, tandis que les pacages de chaume font figure de champs de coquelicots… »

2

« Mi’t yughin ? Min yeqqar ? » (Qu’a-t-il ? Que dit-il ?), marmonnent quelques retardataires.

« C’était la fin d’une journée qui avait des relents de printemps, la plus douce de l’été. Je profitais, avec l’aide d’une cinquantaine de saisonniers et d’une vingtaine de villageois, de… »

« Bouykharriqen ! Bouykharriqen… » (Menteur ! Menteur !), s’écrient les gobe-mouches, encombrés de sacs de provisions.

Imperturbable, le vieillard poursuit : « Je profitais donc, de la présence des saisonniers et villageois, et de ce redoux, pour mettre les récoltes à l’abri avant le retour des grandes chaleurs.

Alors que mes compagnons étaient rentrés, j’allai me reposer à l’ombre d’un olivier. Tout à coup, une délicieuse apparition vint troubler ma routine et mon indéfectible solitude. »

« Mmmmm ! », murmure la foule en soutien au vieil homme.

3

« Légère et frêle, elle dévalait le versant encore ensoleillé de Bouyghanjayen, la colline culminant au milieu d’un décor de vallons à perte de vue. A l’image d’un ange, elle ondoyait dans une lumière or, telle une flamme mouvante. Malgré la fatigue ordonnant à mes yeux de se plisser, je devinais sa sublime silhouette », dit-t-il, un sourire béat, les mains esquissant, dans le vide, les formes d’une femme.

Il ôte son turban délavé et exhibe son crâne rasé perlant de sueur.

« Ce qui passait pour un mirage était-il bien réel ? Je me redressais pour m’en assurer. La toute blanche étoffe dont elle était vêtue et le pan de jupe flottant ne laissaient aucun doute sur sa féminité. »

« Xizzu, tumaâtic, batata, tinifin… a âchra, âchra, âchra Douro i kilou, âchra Douro ouchay llah !» (Carottes, tomates, pommes de terre, petits pois… dix, dix, dix Douros le kg, dix Douros ... !), criaille un marchand ambulant à l’accent des Yat Bouyahyi.

« Que fait-elle ici ? Qui est-elle ? me demandais-je à plusieurs reprises, tant j’étais intrigué par la présence d’une telle créature en ces lieux. Je m’interrogeais en effet : avait-t-elle une destination, de la famille dans les environs ? D’autant que le village et la Source Perdue, les seuls lieux de vie aux alentours, étaient de l’autre côté. »

L’infatigable orateur saisit un grand verre de thé que lui offre à présent le serveur de la tente nomade voisine. Il claque sa langue et s’extasie : « Quelle belle gorgée, mon neveu ! »

Les yeux exorbités, il se penche en avant, s’avance vers les spectateurs, les dévisage un par un, puis murmure : « Tandis que je m’approchais d’elle afin de la reconnaître… » Soudain, il lève le ton : « …elle dévia de sa trajectoire initiale. Elle se déplaçait à pas comptés. Elle évitait les roches acérées et les bosquets épineux qui accrochaient sa robe. Pressant moi-même le pas, je lui lançais, avec un grand signe de mon sombrero à la main : Où vas-tu ?

Elle semblait aussi seule que moi, perdue dans le brouillard de ses pensées. Ses cheveux noirs ondoyaient le long du dos. Ils imitaient les remous de la mer.

À mesure que la distance se réduisait entre nous, je sentais mon pouls s’accélérer à l’idée de cerner son visage. Je brûlais d’impatience.

Redoutant qu’elle s’éloigne davantage, je l’interpellai : Dis-moi, quel est ton nom ?

Elle tourna légèrement la tête de l’autre côté, face à la mer, et dissimula à nouveau son visage dans sa chevelure rebelle. Elle feignit ne pas m’entendre. Elle n’en devint que plus séduisante.

Dis-moi qui es-tu. Es-tu la fille du roi ? lui demandais-je. J’espérais obtenir, enfin, ne serait-ce qu’un regard.

Dis-moi d’où viens-tu, ajoutai-je aussitôt. »

4

Le fabuliste revient au coeur de l’immense ronde formée de curieux. Les bras ballants, le menton enfoncé dans la poitrine, le dos voûté, les joues détendues… Sa posture évoque un échec désastreux. Il ballote d’un pied à l’autre. Un moment. Dans le silence. Les badauds manifestent un respect sans égal compte tenu de l’agitation ordinaire.

L’air résigné, il reprend : « J’étais devenu ce lézard qui se brûle les pattes et ne sait sur laquelle danser ! Et elle, à mes yeux, et à toute mon âme, apparut aussi fraîche et rafraîchissante qu’une bouffée d’air qu’on ne peut retenir. »

A suivre…

Jim Selouane

Illustration : Croquis 1 : Cercle Algérianiste de Montpeller ; Croquis 2, 3, 4 : Belaid Belhaoui 

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lundi 19 novembre 2007

L’enfer c’est les autres

Observatoire_des_M_dias_Le_Figuier_de_Barbarie« Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. »

Jean-Paul Sartre, « L’enfer c’est les autres »

Assumer la charge de son image

Cadre futuriste, lumières intimistes, cadreurs armés d’appareils sophistiqués, techniciens couronnés de casques, pigistes pressés… l’ambiance classique d’un plateau de télévision. Le personnel se libère d’un ultime briefing et s’apprête à diffuser un programme de divertissement. La présentatrice, jeune et télégénique, vient affronter, fiches en main, la farandole de caméras braquées sur sa frimousse. Elle en fixe une, puis annonce le sommaire de l’émission dont « la symbolique du chiffre 5 dans les sociétés amazighes ».

« Lorsque l’animatrice présente le magazine, elle s’adresse, parait-il, à l’ensemble des téléspectateurs. »Plateau_TV_Le_Figuier_de_Barbarie C’est l’argument fourre-tout auquel s’accrochent les dirigeants de chaînes et les producteurs, les responsables des sociétés de radiodiffusion et les ministres de tutelle, de manière générale, lorsqu’on les interpelle sur le déficit de représentativité et de visibilité des Amazighs (Berbères) et de l’amazighité (berbérité) dans les mass-médias.

Parait-il en effet car en réalité, si les deux tiers de la population du Maroc, par exemple, sont amazighophones (berbérophones), un tiers seulement est bilingue. Cela signifie que les locuteurs de la langue de Saint-Augustin resteront exclus du paysage audiovisuel tant qu’ils ne maîtriseront pas celle de Mahomet. En d’autres termes, ils s’arabisent et s’assimilent ou ils se désintègrent et disparaissent.

Puisque le sujet a trait à la société amazighe (berbère) en des termes valorisants, le tiers du public en aura une perception positive qu’il renverra naturellement à son tour.

Cependant, un problème persiste. Malgré les bonnes intentions, c’est encore les autres qui débattent à propos et au nom des intéressés. Ces autres décident, de façon unilatérale, de dépeindre ou pas un peuple minorisé, en bien ou en mal, en présence de témoins ou non. Qui plus est, en arabe, idiome a postériori étranger, associé à des symboles idéologiques et historiques, culturels et cultuels lourds de conséquences sur l’identité amazighe. Ces autres là doivent se dépoussiérer et désormais embrasser l’idée qu’exprime la majorité amazighophone de témoigner elle-même, via les médias nationaux, dans ses langues propres, de ce qui la préoccupe et de ce à quoi elle aspire.

La réhabilitation du rôle et du statut des autochtones derrière et devant le petit écran n’est pas de nature à ébranler la stabilité d’un Etat, comme s’en enorgueillissent les artisans de l’apartheid cathodique. Néanmoins, ces derniers seraient remerciés de leur sollicitude. Les concernés auraient apprécié le geste et souhaitent, toutefois, assumer eux-mêmes la charge de leur image.

Jim Selouane ©

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dimanche 18 novembre 2007

France-Maroc : la « Marseillaise » sifflée

Un_poisson_est_pourri_et_tout_le_cageot_est___jeter_Un poisson est pourri et tout le cageot est à jeter…

Vendredi soir, avant le coup d'envoi du match amical France-Maroc au Stade de France, les supporters « Marocains », couverts de drapeaux rouges, ont sifflé l’hymne national français.

Cet incident a mis mal à l’aise joueurs, sélectionneurs et spectateurs des deux pays. Bien que peu relayées par les médias français, les réactions, sporadiques, sont toutefois sans ambiguïté :

« On se demandait si on jouait à domicile. Ce qui est dommage, c’est cet hymne sifflé. C’est particulier car lors d’une finale de la Coupe du monde, les Marocains sont derrière les Français. C’est normal qu’ils soutiennent leur équipe, mais ce qui est dommage, c’est de ne pas respecter la Marseillaise » a précisé Mickaël Landreau, gardien des Bleus.

D’après Patrice Evra, défenseur de l'équipe de France qui n’a « pas vu un seul maillot tricolore » dans les tribunes, « La France et le Maroc s’entendent bien. C’est regrettable de siffler les hymnes nationaux. »

Les commentaires des internautes français sont sans appel : « Nul doute que ce sont des gens qui n’aiment pas la France, qui préfèrent le Maroc, alors, il serait bon et juste de leur dire qu’ils rentrent « chez eux », car ici, en France, leur image donne l’impression qu’ils ne se sentent pas à l’aise. »

Au Maroc, cest l'indignation générale. La presse préfère pour le moment passer cette anicroche sous silence. Cependant, sur Internet ou à travers la radio, la populatoin a exprimé sa tristesse et son incompréhension. Les siffleurs sont qualifiés de « jeunes déracinés qui font honte »...

Jim Selouane ©

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samedi 17 novembre 2007

Interview : Hamadi entre sa grand-mère et son chien

hamadibioTête-à-tête après le spectacle

Jim Selouane : Comment vous a paru le public, ce soir ?

Hamadi : Agréable. Vraiment encourageant. Quand un conteur mobilise autant de spectateurs, c’est que le conte a encore de beaux jours devant lui.

Vous souvenez-vous de votre première sur scène ?

Hamadi : Oh ! il y a au moins quinze ans ! Hormis le trac du débutant, j’ai ressenti une profonde nostalgie. J’ai pensé à ma grand-mère qui m’a non seulement élevé jusqu’à l’âge de cinq ans, mais qui m’a aussi permis de m’évader. Ce jour où je suis monté sur les planches pour la première fois, je me suis rappelé ses genoux confortables accueillant ma tête alors qu’elle me racontait ces fables…

Aviez-vous une ambition à l'époque ?

Hamadi : Au départ, j’avais choisi le conte, et plus particulièrement le conte berbère, pour un travail de fin d’étude en langues étrangères. Mon but était tout bonnement d’en recueillir quelques uns et de les transcrire en espagnol, comme l’avaient fait sommairement les Espagnols eux-mêmes dans un Rif sous leur protectorat. J’avais entreposé tous ces écrits et enregistrements dans une imposante malle. Je ne sais pas si c’était le courage de les traduire qui me manquait, mais j’avais une envie irrésistible de les dire. Je me suis donc attelé à narrer légendes, proverbes, devinettes… et seulement le quart d’une épopée de plus de 800 pages. Je ne vous cache pas que je n’ai pu en tout et pour tout divulguer qu’une vingtaine de contes. Et à l’occasion, friand de chants anciens, j’en fredonne trois ou quatre au cours de mes spectacles.

C’est curieux cet intitulé « L’enfant, le chien et la grand-mère »...

Hamadi : Les grand-mères ont un rôle décisif dans les sociétés de tradition orale. En Afrique du Nord, les aînés bénéficient d’une estime particulière de la part des jeunes. Et tout le monde sait que, en ces lieux, lorsqu’un vieillard meurt, il emporte une partie du patrimoine. J’ai donc choisi un enfant, car c’est mon histoire personnelle ; et une mamie, puisque ce sont les femmes qui élèvent, éduquent et transmettent le savoir. C’est d’ailleurs auprès de ma grand-mère que je retrouvais le réconfort et les connaissances dont j’avais besoin. C’est elle qui a ouvert mes yeux d’enfant sur ce que je ne pouvais voir seul.

N’y aurait-il pas comme un intrus ?

Hamadi : Zitoune, un intrus ?

Non, Zitoune est un médiateur, un lien entre le monde du bambin et celui des aïeux, entre ici et là-bas…

On rit beaucoup aussi, dans ce spectacle.

Hamadi : On a tendance à penser que le conte s’adresse aux enfants, pour les bercer. Mais le conte est divers. Il en existe de tristes, de philosophiques, et de plus gais.

Avez-vous réussi à identifier l’origine exacte de vos contes ?

Hamadi : Non, bien malhonnête qui dira le contraire. La tradition orale a ce côté mystérieux, personne ne peut en revendiquer la propriété. On réinterprète constamment les histoires. J’ai rencontré une quarantaine de conteurs traditionnels, hommes ou femmes. Si, parmi eux, certains racontent les mêmes fables, chaque auteur réalise son propre « casting » de personnages, dans des cadres très variés. Contrairement à l’écrit qui individualise l’œuvre, l’oralité, elle, appartient au domaine public. Et il n’est pas aisé de déterminer l’époque d’un récit puisque, par définition, il est atemporel. Son interprétation évolue au fil des périodes. Et cette adaptation peut s’ajuster à un public moderne et, à côté, conserver un sens séculaire.

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Témoignages et opinionsHamadi

Je trouve Hamadi très touchant. L’histoire du garçon et de son compagnon à quatre pattes est assez nostalgique. Elle met en évidence la relation entre les aïeux et les enfants. Ça peut faire penser au monde du passé et à celui du présent, ou au monde d’ici et celui de l’au-delà…

Il y a beaucoup d’émotion dans ce spectacle. J’ai cru comprendre qu’il jouait son propre personnage. On oublierait presque qu’il est le conteur, on l’associe rapidement aux personnages du conte. On aurait très bien pu ne pas le regarder, fermer les yeux et l’écouter. Très convaincante interprétation.

R.G.

J’ai été frappé par le personnage de Mbark. Ce vieil homme que le petit retrouve systématiquement sur son passage entre les deux mondes. On se demande ce qu’il fait là. Même si, à première vue, son rôle est limité, je pense qu’il doit avoir une importance qui m’a échappée. Il faut dire que ce spectacle est chargé de symboles et je suppose que rien n’y figure par le fruit du hasard.

Par contre, je ne sais plus si le petit garçon fait partie des « Partants » ou des « Porteurs ». Il part tous les jours lui aussi puisqu’il va rendre visite à sa grand-mère. D’ailleurs, un jour, il part… et ne revient plus.

Quant aux « Porteurs », je me demande si ce n’est les porteurs de la tradition, de la mémoire… J’ai beaucoup apprécié.

E.G

J’ai eu l’impression d’être un enfant moi-même. Son personnage, le petit garçon, m’a complètement transporté dans ma propre enfance lorsque je rendais visite à ma grand-mère. J’imaginais très bien cette colline, le sentier, les cailloux…

J’étais un peu mal à l’aise vers la fin. On ne savait pas si c’était fini, si on devait applaudir. Il était resté figé, les yeux bien ouverts, scrutant presque chaque spectateur. Ça a duré un moment. On ne se sentait plus maîtres de soit. On était rentrés dans son univers et il ne nous a donné aucun signe. J’ai vu trois de ses spectacles et c’est toujours un plaisir.

F.E

J’ai rencontré Hamadi au tout début de sa carrière. A l’époque, le conte était réputé être une affaire de vieilles dames, destinée à calmer la turbulence des diablotins. J’en étais moi-même convaincu. Un jour, j’ai entendu « Hamadi vient conter à la Basilique ». Avant de faire entrer un vieux Rifain dans une Basilique, il faudra d’abord le droguer ! j’ai pensé.

Quelle surprise a été la mienne lorsque j’ai pénétré dans la cour de la Basilique bondée de spectateurs impatients! Sur une estrade, Hamadi, éclairé par une lumière jaune tamisée, s’avance et dit : « Dans le Rif, le village d’où je viens... ».

N.A.

Jim Selouane ©

Plus :

Hamadi, un conteur peu bavard

La maison du conte de Hamadi

Posté par Jim Selouane à 20:27 - L'Epine Dorsale : La Mémoire Collective - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 8 novembre 2007

Hamadi conte « L’enfant, le chien et la grand-mère »

Hamadi_conteur« Un petit garçon âgé de cinq ans vit dans le village des « Solitaires ». Dans ce hameau, les gens naissent et demeurent solitaires. Parmi eux, on trouve les « Porteurs » d’un côté, et les « Partants » de l’autre. Par nature, les « Porteurs » passent leur temps à porter, et les « Partants » pensent constamment à partir. Telle semble être la destinée de ces villageois.

Comme ailleurs à travers la campagne rifaine, la bourgade grouille d’animaux : poules, chats, et moult chiens féroces aux oreilles dressées qui guettent le moindre coquelet égaré. Zitoune est le plus grand et le plus doux de ces canidés. Il n’appartient à personne en particulier mais c’est avec le petit garçon qu’il s’entend le mieux.

Fidèle à la tradition des « Partants », un matin, le bambin décide de partir en compagnie de Zitoune. Ils franchissent tous deux la rivière, puis grimpent la colline derrière laquelle se cache un monde merveilleux : celui des grands-mères et de la sagesse. C’est dans cet univers que l’enfant retrouve son aïeule, celle qui lui dit souvent : « tu verras, ton chien te parlera… » »

Voilà le début résumé d’une chronique narrée à des milliers de personnes par un conteur original. Aux prises avec sa propre histoire, sur le mode des improvisations vocales des femmes rifaines, Hamadi raconte et chante les souvenirs d’enfance, les figures aimées, aujourd’hui disparues, la parole et la vie des petites gens, leurs mythes, leurs rêves et surtout, le merveilleux et si tendre pays des grand-mères.

D_o__vient_le_ventHamadi, artiste aux multiples talents

Ne nous méprenons pas. Hamadi n’est pas seulement conteur. Au fil de son spectacle, on le découvre à la fois auteur, conteur et chanteur. Les chants illustrent et renforcent ses propos, à l’image des grand-mères qui, jadis, ponctuaient leurs fables de légers refrains. La voix aiguë digne d’un soprano, le raconteur originaire de Midar surprend plus d’un spectateur. En effet, au milieu du récit, tandis qu’il marque la pause après une avalanche d’événements poétiques et rocambolesques, soudain, il fredonne une mélodie. Un cri de guerre écorché, peut-être. Envoûtant, mystérieux.

Hamadi, auteur

Écrivain ayant « mal tourné », Hamadi s’investit dans l’écriture avec générosité. « Quand on aime, on ne conte pas », dit-il. Mais avant de partager ses histoires, la tâche consiste à les adapter à un contexte, à une époque. Au répertoire commun, l’auteur emprunte l’ossature qu’il habille ensuite de péripéties et de personnages, fruit de son imagination.

Hamadi40Hamadi, homme de scène

Hamadi ne veut pas se contenter d’interpréter ses fables à l’instar du vieux diseur, affabulant sur ses mésaventures dans un souk ou à l’ombre d’un olivier. Il préfère étudier les aspects psychologiques et historiques des protagonistes d’une épopée pour leur octroyer une meilleure incarnation théâtrale. Après plusieurs années de « récolte », comme il aime à le dire, de plus de cent vingt contes, expressions, proverbes, il n’avait en effet « de choix que de les mettre en scène et de leur donner vie », dit-il, car « le conte se raconte et se mime aussi ». Et en la matière, le mythographe rifain possède le talent de capter l’attention des plus réticents.

Jim Selouane

A suivre : Interview : Hamadi, entre sa grand-mère et son chien ; Micro-trottoir : témoignages et opinions de spectateurs

Posté par Jim Selouane à 08:58 - L'Epine Dorsale : La Mémoire Collective - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 2 novembre 2007

Documentaire animalier et fantasmes cathodiques

Figoscopie_La_vie_du_blogMignons, ces Barbares…

Prochainement en ligne

Extrait : « …En Afrique du Nord ou ailleurs, on devient friands de documentaires ethnographiques. Les médias, les chaînes de télévision publiques et privées, en tête de peloton, abreuvent le téléspectateur, à longueur de journées, de panoramas idylliques et de gros plans sur visages burinés. Les bipèdes déplumés, les Berbères et autres espèces en déclin peuvent se targuer d’une chose : les humains, créatures civilisées et douées de raison, pensent à eux… Grâce aux documentaires animaliers, réalisés avec les moyens d’Ouarzazate ou de Tamanrasset, tout le monde sait, désormais, que le Berbère vit essentiellement en montagne même si on le retrouve égaré en ville. Il vit en groupe et s’est organisé en société proche de celle des hommes. Le Berbère craint le froid. Pourtant il résiste parfaitement aux températures extrêmes. La femelle étonne puisque polygame. Le petit du berbère, vif et obtus comme ses parents, court pieds nus à travers les taillis et la rocaille… »

Jim Selouane

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Réincarnation virtuelle

Figoscopie_La_vie_du_blogDu 14 impasse Ibn Khaldoun au World Wide Web

Prochainement en ligne

Extrait : « …Associations, syndicats, mouvements culturels, partis politiques, artistes, chercheurs… chacun à son niveau et selon ses méthodes, dans la rue ou discrètement dans un local, s’est employé, depuis la préhistoire du berbérisme, à défendre et à promouvoir le « concept » et le « fait » berbères ; Les uns au travers d’activités très localisées, d’autres à l’échelle nationale ou au-delà des limites naturelles de l’Afrique du Nord. Aujourd’hui, l’arrière boutique clandestine située au numéro 14 de la fictive impasse Ibn Khaldoun est peu fréquentée. La voie célébrant le savant africain du nord est d’ailleurs condamnée. Un écriteau cloué en plusieurs endroits sur les murs informe les passants : « rendez-vous sur le www ». En effet, Internet offre une nouvelle perspective et devient un espace de liberté… »

Jim Selouane

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Entre militance-journalistique et journalisme-militant

Figoscopie_La_vie_du_blogLa PNB : la Presse « Nationale » Berbère

Prochainement en ligne

Extrait : « …Hier encore, les responsables associatifs jouaient leurs vies à la simple idée d’émettre un tract, un feuillet périodique de fortune dans lesquels ils déclinaient leurs activités et les valeurs qui les animaient. À l’aube de 2008, les militants défient autant les autorités qui, tel un prédateur embusqué, guettent et répriment la moindre initiative locale ou d’envergure. Tout ce qui bouge est dans le rouge, et tout ce qui est visible devient cible. Mais l’actualité et l’histoire récente démontrent que la résistance ne faiblit pas. En effet, en dépit du climat répressif et de la pénurie matérielle, nulle despotisme ne semble étouffer l’émergence de potentialités, de vocations, et de compétences. Ainsi, contre vents et marées, une presse berbère prend forme, non seulement en Afrique du Nord mais aussi au sein de la diaspora… »

Jim Selouane

Posté par Jim Selouane à 12:06 - Figoscopie : La Vie du Blog - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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