samedi 15 décembre 2007

Promesse de contrebandier

Nouvelles_PoussesJe m’étais fait une promesse. Une promesse que je ruminais comme un veau. Un veau sans pâture. Les fois où, trop souvent, j’avais l’impression que rien n’allait plus. Une certitude qui me donnait des ailes, les jours où me couvait le sentiment d’être condamné à mâcher du pain au sarrasin noir, accommodé de graisse animale fondue à tous les repas ; un désaltérant qui m’abreuvait de douceur quand j’étais voué à boire, éternellement, l’eau du fond des puits, croupie, mi-salée, mi-tiède, agitée pourtant par une foule de têtards ; une bouffée d’air qui me ravivait lorsque je me consumais comme le crottin de cheval, roulé dans du papier journal « El Païs », que je fumais en cachette.

Je m’étais fait une promesse. Celle de ne pas hériter ni de transmettre la tristesse qui, bien plus que les intempéries, ravageait le visage de mon père. Une tristesse qui l’enterrait à mesure qu’il éventrait la terre pour en extraire la pierraille, négociée trois francs six sous la charrette.

untitledJe m’étais fait une promesse. Un objectif précieux. Le projet de m’acheter une 404 blanche, aux vitres teintées, rapide et silencieuse. Une ambition à savourer le plus tôt possible. S’il le fallait, pour ça, je vendrai du sable aux Nomades.

Au volant de ma Peugeot, j’emprunterai les chemins caillouteux que je connais comme les lignes de la main, je devinerai dans l’obscurité ceux qui ne sont pas tracés. Je les improviserai en contournant bosquets et rochers. Je ferai hurler les pneus de ma voiture sur la rocaille jusqu’à l’une de mes planques. Secrète. Léger comme l’air, je disparaîtrai dans le vent. Derrière moi, une traînée de poussière. Seule preuve de mon passage. De mon existence. Le nuage de cendre ocre emprisonnera les hommes en uniforme. A l’asphyxie. Sans me fatiguer. En m’amusant. Comme mon idole.

Jim Selouane

Posté par Jim Selouane à 13:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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