dimanche 30 décembre 2007

Ravaler son pouce

404Pour les adultes comme pour nous autres traîne-poussière à la tignasse de ronces, quelque soit sa couleur, une 404 reste une 404. Toutefois, si elle est blanche, ce n’est plus une 404 mais une « Chidi ».

Un engin de prestige réservé aux contrebandiers, inaccessible aux fellahs. Nous, on se déplaçait à pieds ou à dos de mulet. Les notables, eux, et les fortunés, ainsi considérés, s’entassaient, fièrement, à huit, neuf ou dix (leurs chérubins sur les genoux) dans les taxis collectifs, comme dans des paniers à poules. Je les apercevais dresser la tête, cherchant désespérément à échapper aux odeurs entremêlées de leurs orteils. Ils s’éloignaient tandis que le bitume escarpé usait mes précieuses méduses.

Et ces chauffeurs grippe-sou qui ne cessaient de s’arrêter et de redémarrer ! Parfois devant mon nez, sans me voir. Leurs véhicules empestaient l’échappement et affolaient la poussière. Ils embarquaient les nantis. Toujours les nantis. Les premiers installés grimaçaient face à l’entrain des derniers à qui ils faisaient place. Au mépris des va-nu-pieds, laissés sur le bas côté. Alors je ravalais mon pouce et chapardais les restes de respect dû au propriétaire de la « Chidi »; je grappillais une miette des honneurs faits au pionnier des contrebandiers.

Jim Selouane

Posté par Jim Selouane à 12:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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