dimanche 30 décembre 2007
Amants vagabonds
Mon village a été élu. Elu par deux amants vagabonds. C’était avant la poussée des collines et l’éclosion des rivières. Verte était alors la plaine.
Transportant un balluchon de désespoir en ses particules, la fine poussière voulait échapper à l’haleine d’un balourd de brouillard. Elle voguait, fuyait sans destination précise, comme le contrebandier devant les gendarmes. Plaisir inassouvi. La cendre ocre virevoltait au dessus des têtes, à l’intérieur des maisons. Elle se nichait dans les yeux, les narines, les vêtements, les lits.
Au cœur de pierre et omnipotent, le brouillard était déjà là, partout, embusqué dans les esprits. Il guettait ses proies. Sa polaire affectueuse et humide les couvait, les emmitouflait. J’entendais parfois l’orage crier de joie. Le ciel aimait rire de nous. Parfois, en effet, il roulait des tambours. Il empêchait le soleil d’apparaître. Mais nos ombres finissaient par se dessiner.
Jim Selouane
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