dimanche 16 décembre 2007
Izlan, joute poético-satirique improvisée
Voici des enregistrements « artisanaux » d’une soirée précédant une cérémonie, lieu d’expression des izlan chantonnés, sans artifice, par les femmes et les jeunes filles. Mieux que n’importe quel discours, ces deux morceaux nous convient dans une ambiance rifaine de joie et de bonne humeur.
Outre les appellations savantes, les izlan, joute poético-politico-socio-satirique fondée sur l'improvisation, s'apparentent plus à ce qui est communément appelé un "beuf". Une fête "organisée" par les convives ou les membres d'une même famille.
Bonne écoute et n’oubliez pas de laisser vos commentaires.
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samedi 17 novembre 2007
Interview : Hamadi entre sa grand-mère et son chien
Tête-à-tête après le spectacle
Jim Selouane : Comment vous a paru le public, ce soir ?
Hamadi : Agréable. Vraiment encourageant. Quand un conteur mobilise autant de spectateurs, c’est que le conte a encore de beaux jours devant lui.
Vous souvenez-vous de votre première sur scène ?
Hamadi : Oh ! il y a au moins quinze ans ! Hormis le trac du débutant, j’ai ressenti une profonde nostalgie. J’ai pensé à ma grand-mère qui m’a non seulement élevé jusqu’à l’âge de cinq ans, mais qui m’a aussi permis de m’évader. Ce jour où je suis monté sur les planches pour la première fois, je me suis rappelé ses genoux confortables accueillant ma tête alors qu’elle me racontait ces fables…
Aviez-vous une ambition à l'époque ?
Hamadi : Au départ, j’avais choisi le conte, et plus particulièrement le conte berbère, pour un travail de fin d’étude en langues étrangères. Mon but était tout bonnement d’en recueillir quelques uns et de les transcrire en espagnol, comme l’avaient fait sommairement les Espagnols eux-mêmes dans un Rif sous leur protectorat. J’avais entreposé tous ces écrits et enregistrements dans une imposante malle. Je ne sais pas si c’était le courage de les traduire qui me manquait, mais j’avais une envie irrésistible de les dire. Je me suis donc attelé à narrer légendes, proverbes, devinettes… et seulement le quart d’une épopée de plus de 800 pages. Je ne vous cache pas que je n’ai pu en tout et pour tout divulguer qu’une vingtaine de contes. Et à l’occasion, friand de chants anciens, j’en fredonne trois ou quatre au cours de mes spectacles.
C’est curieux cet intitulé « L’enfant, le chien et la grand-mère »...
Hamadi : Les grand-mères ont un rôle décisif dans les sociétés de tradition orale. En Afrique du Nord, les aînés bénéficient d’une estime particulière de la part des jeunes. Et tout le monde sait que, en ces lieux, lorsqu’un vieillard meurt, il emporte une partie du patrimoine. J’ai donc choisi un enfant, car c’est mon histoire personnelle ; et une mamie, puisque ce sont les femmes qui élèvent, éduquent et transmettent le savoir. C’est d’ailleurs auprès de ma grand-mère que je retrouvais le réconfort et les connaissances dont j’avais besoin. C’est elle qui a ouvert mes yeux d’enfant sur ce que je ne pouvais voir seul.
N’y aurait-il pas comme un intrus ?
Hamadi : Zitoune, un intrus ?
Non, Zitoune est un médiateur, un lien entre le monde du bambin et celui des aïeux, entre ici et là-bas…
On rit beaucoup aussi, dans ce spectacle.
Hamadi : On a tendance à penser que le conte s’adresse aux enfants, pour les bercer. Mais le conte est divers. Il en existe de tristes, de philosophiques, et de plus gais.
Avez-vous réussi à identifier l’origine exacte de vos contes ?
Hamadi : Non, bien malhonnête qui dira le contraire. La tradition orale a ce côté mystérieux, personne ne peut en revendiquer la propriété. On réinterprète constamment les histoires. J’ai rencontré une quarantaine de conteurs traditionnels, hommes ou femmes. Si, parmi eux, certains racontent les mêmes fables, chaque auteur réalise son propre « casting » de personnages, dans des cadres très variés. Contrairement à l’écrit qui individualise l’œuvre, l’oralité, elle, appartient au domaine public. Et il n’est pas aisé de déterminer l’époque d’un récit puisque, par définition, il est atemporel. Son interprétation évolue au fil des périodes. Et cette adaptation peut s’ajuster à un public moderne et, à côté, conserver un sens séculaire.
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Je trouve Hamadi très touchant. L’histoire du garçon et de son compagnon à quatre pattes est assez nostalgique. Elle met en évidence la relation entre les aïeux et les enfants. Ça peut faire penser au monde du passé et à celui du présent, ou au monde d’ici et celui de l’au-delà…
Il y a beaucoup d’émotion dans ce spectacle. J’ai cru comprendre qu’il jouait son propre personnage. On oublierait presque qu’il est le conteur, on l’associe rapidement aux personnages du conte. On aurait très bien pu ne pas le regarder, fermer les yeux et l’écouter. Très convaincante interprétation.
R.G.
J’ai été frappé par le personnage de Mbark. Ce vieil homme que le petit retrouve systématiquement sur son passage entre les deux mondes. On se demande ce qu’il fait là. Même si, à première vue, son rôle est limité, je pense qu’il doit avoir une importance qui m’a échappée. Il faut dire que ce spectacle est chargé de symboles et je suppose que rien n’y figure par le fruit du hasard.
Par contre, je ne sais plus si le petit garçon fait partie des « Partants » ou des « Porteurs ». Il part tous les jours lui aussi puisqu’il va rendre visite à sa grand-mère. D’ailleurs, un jour, il part… et ne revient plus.
Quant aux « Porteurs », je me demande si ce n’est les porteurs de la tradition, de la mémoire… J’ai beaucoup apprécié.
E.G
J’ai eu l’impression d’être un enfant moi-même. Son personnage, le petit garçon, m’a complètement transporté dans ma propre enfance lorsque je rendais visite à ma grand-mère. J’imaginais très bien cette colline, le sentier, les cailloux…
J’étais un peu mal à l’aise vers la fin. On ne savait pas si c’était fini, si on devait applaudir. Il était resté figé, les yeux bien ouverts, scrutant presque chaque spectateur. Ça a duré un moment. On ne se sentait plus maîtres de soit. On était rentrés dans son univers et il ne nous a donné aucun signe. J’ai vu trois de ses spectacles et c’est toujours un plaisir.
F.E
J’ai rencontré Hamadi au tout début de sa carrière. A l’époque, le conte était réputé être une affaire de vieilles dames, destinée à calmer la turbulence des diablotins. J’en étais moi-même convaincu. Un jour, j’ai entendu « Hamadi vient conter à la Basilique ». Avant de faire entrer un vieux Rifain dans une Basilique, il faudra d’abord le droguer ! j’ai pensé.
Quelle surprise a été la mienne lorsque j’ai pénétré dans la cour de la Basilique bondée de spectateurs impatients! Sur une estrade, Hamadi, éclairé par une lumière jaune tamisée, s’avance et dit : « Dans le Rif, le village d’où je viens... ».
N.A.
Jim Selouane ©
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jeudi 8 novembre 2007
Hamadi conte « L’enfant, le chien et la grand-mère »
« Un petit garçon âgé de cinq ans vit dans le village des « Solitaires ». Dans ce hameau, les gens naissent et demeurent solitaires. Parmi eux, on trouve les « Porteurs » d’un côté, et les « Partants » de l’autre. Par nature, les « Porteurs » passent leur temps à porter, et les « Partants » pensent constamment à partir. Telle semble être la destinée de ces villageois.
Comme ailleurs à travers la campagne rifaine, la bourgade grouille d’animaux : poules, chats, et moult chiens féroces aux oreilles dressées qui guettent le moindre coquelet égaré. Zitoune est le plus grand et le plus doux de ces canidés. Il n’appartient à personne en particulier mais c’est avec le petit garçon qu’il s’entend le mieux.
Fidèle à la tradition des « Partants », un matin, le bambin décide de partir en compagnie de Zitoune. Ils franchissent tous deux la rivière, puis grimpent la colline derrière laquelle se cache un monde merveilleux : celui des grands-mères et de la sagesse. C’est dans cet univers que l’enfant retrouve son aïeule, celle qui lui dit souvent : « tu verras, ton chien te parlera… » »
Voilà le début résumé d’une chronique narrée à des milliers de personnes par un conteur original. Aux prises avec sa propre histoire, sur le mode des improvisations vocales des femmes rifaines, Hamadi raconte et chante les souvenirs d’enfance, les figures aimées, aujourd’hui disparues, la parole et la vie des petites gens, leurs mythes, leurs rêves et surtout, le merveilleux et si tendre pays des grand-mères.
Hamadi, artiste aux multiples talents
Ne nous méprenons pas. Hamadi n’est pas seulement conteur. Au fil de son spectacle, on le découvre à la fois auteur, conteur et chanteur. Les chants illustrent et renforcent ses propos, à l’image des grand-mères qui, jadis, ponctuaient leurs fables de légers refrains. La voix aiguë digne d’un soprano, le raconteur originaire de Midar surprend plus d’un spectateur. En effet, au milieu du récit, tandis qu’il marque la pause après une avalanche d’événements poétiques et rocambolesques, soudain, il fredonne une mélodie. Un cri de guerre écorché, peut-être. Envoûtant, mystérieux.
Hamadi, auteur
Écrivain ayant « mal tourné », Hamadi s’investit dans l’écriture avec générosité. « Quand on aime, on ne conte pas », dit-il. Mais avant de partager ses histoires, la tâche consiste à les adapter à un contexte, à une époque. Au répertoire commun, l’auteur emprunte l’ossature qu’il habille ensuite de péripéties et de personnages, fruit de son imagination.
Hamadi ne veut pas se contenter d’interpréter ses fables à l’instar du vieux diseur, affabulant sur ses mésaventures dans un souk ou à l’ombre d’un olivier. Il préfère étudier les aspects psychologiques et historiques des protagonistes d’une épopée pour leur octroyer une meilleure incarnation théâtrale. Après plusieurs années de « récolte », comme il aime à le dire, de plus de cent vingt contes, expressions, proverbes, il n’avait en effet « de choix que de les mettre en scène et de leur donner vie », dit-il, car « le conte se raconte et se mime aussi ». Et en la matière, le mythographe rifain possède le talent de capter l’attention des plus réticents.
Jim Selouane
A suivre : Interview : Hamadi, entre sa grand-mère et son chien ; Micro-trottoir : témoignages et opinions de spectateurs






