mercredi 12 décembre 2007
Kadhafi, président ?
Avant que le terrorisme secoue à nouveau Tamazgha Centrale (Algérie) faisant au moins 62 morts dans un double attentat à Alger selon Rue89, occupant ainsi une place de choix dans l’actualité, certains médias nous laissaient penser, volontairement ou non, que Kadhafi est président de la Libye. Il est fort probable que les cinq millions de libyens doivent s’étonner d’avoir élu, sans le savoir, l’instigateur du coup d’état de 1969.
Kadhafi lui-même ne semble pas revendiquer la fonction suprême telle qu’elle est considérée dans les démocraties modernes. Il dit qu’il n’a « aucun pouvoir, ni compétence particulière pour décider du bien de la Libye. Il appartient au peuple de mener la politique qui correspond à ses aspiration. »
Dans la liste d’organes de presse qui couronnent le panarabiste libyen, citons Reporters sans frontières qui se dit « consternée par l’aggravation des peines réclamées en appel à l’encontre d’Ali Fodil et Naïla Berrahal, respectivement directeur et journaliste du quotidien arabophone Ech-Chourouk, dans le procès en diffamation qui les oppose au président libyen Mouammar Kadhafi. »
Egalement, sur son blog, Ségolène Royal, l'ex-candidate PS à la présidentielle, s'est déclarée « "profondément en désaccord" avec la visite du président libyen Mouammar Kadhafi en France, car les infirmières bulgares "ont été torturées" ce qui "ne s'est pas fait à l'insu de Kadhafi". »
De même, les échos.fr titre ainsi un billet du 10 décembre 2007 : « Rafale : Paris espère une marque d'intérêt du président libyen »
« Le président libyen a répliqué à son tour, ironiquement, hier, sur la question des droits de l’Homme dont certains le pressent de s’expliquer. » Le Télégramme.com.
« Le président libyen, Mouammar Kadhafi, est arrivé, mardi 11 décembre, à 11 h 45 au Palais Bourbon. » Le Monde.fr
Lundi, après avoir reçu le colonel Kadhafi, Nicolas Sarkozy a déclaré : « la France a indiqué au président Kadhafi qu'elle le recevrait en France après la libération des infirmières. »
Par qui, diantre !, Kadhafi a-t-il été élu ? Où est le dictateur de naguère ? Pourquoi veut-on propager l’idée que Kadhafi est un président comme les autres, outre qu’il soit un partenaire incontournable dans l’ambitieuse entreprise de l’Union Méditerranéenne ?
Pour conclure, disons que « La visite du Président libyen en France permettra la signature de contrats dépassant les 10 milliards d`euros… »
Voilà qui est plus claire ! Les démocrates libyens se sentiront pousser des ailes de savoir que leur président reviendra avec des avions Airbus pour les expulser de leur pays.
Jim Selouane
Kadhafi et la journée mondiale des droits de l’homme
Lundi 10 décembre, journée mondiale des droits de l’homme, la France a accueillie le « Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste ». Cinq ans auparavant déjà, poussé à son comble, le paradoxe a voulu que les despotes de Tamazgha Orientale (Libye), animés d’idéologies racistes (nassérisme, baasisme), soient désignés par les gouvernements africains pour présider la Commission onusienne des Droits de l’homme.
Rama Yadé-Zimet, la jeune secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères et aux Droits de l’homme, grande gagnante de la « Star Académy » selon l’expression de Jean-Pierre Chevènement, néanmoins symbole de la représentativité des « minorités visibles » au sein de la République, a démontré sur ce coup, en plus d’être appétissante, qu’elle a aussi des convictions : « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort » a-t-elle déclaré au journal Le Parisien. Convictions qu’elle sait taire lorsque la sagesse la rappelle à l’ordre.
Pourvu que ça (ne) dure (pas)…
Droits de l’homme et « minorités visibles »
Si le discours du président de la République en direction des enfants de France, issus des « minorités visibles », était aussi favorable que celui à l’adresse de dictateurs étrangers tels que Kadhafi ou Poutine, la France s’empêtrerait dans un bonheur sans équivalent. Pourquoi s’y risquer ?
Par ailleurs, le 1er octobre 2007, Gay J. McDougall, experte indépendante des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités, a demandé un engagement ferme de la France pour promouvoir la diversité : «Le racisme est vivant, pernicieux et il cible clairement les minorités «visibles» issues de l'immigration qui sont pour la plupart des citoyens français». « Le message implicite dans l'appellation du nouveau Ministère de l'immigration de l'identité nationale de l'intégration et du co-développement semble leur indiquer que la présence et le nombre croissant de personnes issues de l'immigration menacent l'identité nationale de la France et constituent un problème qui doit être résolu.» a-t-elle ajouté.
A quand la rupture ?
Toujours est-il qu’au royaume romanesque de la realpolitik, la rupture n’est pas celle des couples qui font couler les larmes d’encre dan les magazines people. La rupture n’est pas non plus celle de couples qui abîment nos yeux via les écrans pâles et nos oreilles au travers du transistor. Que nenni ! La rupture en question impliquerait, au contraire, des liaisons dangereuses qui se formeraient, tripes au lit, sur « Les tombes anonymes de victimes berbères de [Kadhafi]… »
Jim Selouane
mardi 11 décembre 2007
Kadhafi en France : face à la dictature, les médias redeviendraient-ils raisonnables ?
La venue en France du meurtrier d’Amazighs (Berbères) libyens a manifestement un effet positif sur les principaux médias français puisque ceux-ci semblent être redevenus raisonnables en retrouvant leur sens critique, alors même que le contrepouvoir (ou plutôt, la discorde) émerge du gouvernement plutôt que de l’opposition, comme le veut la tradition démocratique française.
Depuis quelques mois en effet, il fallait être drôlement renseigné pour distinguer certaines chaînes de télévisions et journaux écrits, des services de presse de l’Elysée. Et il fallait, là aussi, faire preuve d’une distanciation astronomique pour se persuader que la France ne renouait pas avec ses vieux démons (que nous n’avons pas connus nous autres, génération de la libération de la FM et de l’abolition de la peine de mort), comme c’est encore le cas notamment en Afrique du Nord et plus particulièrement en Libye : la prédominance de la propagande.
Pour la première fois donc, depuis la campagne présidentielle de 2007, à part quelques irréductibles, les médias sont unanimement critiques à l’égard de la diplomatie française (motivée par des enjeux économiques indéniables) qui déroule le tapis rouge (notons le point levé de victoire de Kadhafi sur les marches de l’Elysée) à l’auteur du coup d’état et de la répression massive d’opposants libyens.
Peut-être se souvient-on (enfin !) que l’industrie de l’information indépendante au pays d’Omar El Mokhtar est illégale tandis qu’en France, ces derniers temps, elle avait tendance à nous dicter ce qu’il fallait penser des événements que les rédactions sélectionnaient impartialement. Ce qu’on pourrait résumer par une maxime : « Dans les dictatures, les médias sont censurés, et en démocratie, ce sont les médias qui censurent. »
Jim Selouane
dimanche 18 novembre 2007
France-Maroc : la « Marseillaise » sifflée
Un poisson est pourri et tout le cageot est à jeter…
Vendredi soir, avant le coup d'envoi du match amical France-Maroc au Stade de France, les supporters « Marocains », couverts de drapeaux rouges, ont sifflé l’hymne national français.
Cet incident a mis mal à l’aise joueurs, sélectionneurs et spectateurs des deux pays. Bien que peu relayées par les médias français, les réactions, sporadiques, sont toutefois sans ambiguïté :
« On se demandait si on jouait à domicile. Ce qui est dommage, c’est cet hymne sifflé. C’est particulier car lors d’une finale de la Coupe du monde, les Marocains sont derrière les Français. C’est normal qu’ils soutiennent leur équipe, mais ce qui est dommage, c’est de ne pas respecter la Marseillaise » a précisé Mickaël Landreau, gardien des Bleus.
D’après Patrice Evra, défenseur de l'équipe de France qui n’a « pas vu un seul maillot tricolore » dans les tribunes, « La France et le Maroc s’entendent bien. C’est regrettable de siffler les hymnes nationaux. »
Les commentaires des internautes français sont sans appel : « Nul doute que ce sont des gens qui n’aiment pas la France, qui préfèrent le Maroc, alors, il serait bon et juste de leur dire qu’ils rentrent « chez eux », car ici, en France, leur image donne l’impression qu’ils ne se sentent pas à l’aise. »
Au Maroc, cest l'indignation générale. La presse préfère pour le moment passer cette anicroche sous silence. Cependant, sur Internet ou à travers la radio, la populatoin a exprimé sa tristesse et son incompréhension. Les siffleurs sont qualifiés de « jeunes déracinés qui font honte »...
Jim Selouane ©




