Le Figuier de Barbarie se mouille pour qu'il fasse beau !

Observatoire des Mondes Berbères

dimanche 30 décembre 2007

Amants vagabonds

Nouvelles_PoussesMon village a été élu. Elu par deux amants vagabonds. C’était avant la poussée des collines et l’éclosion des rivières. Verte était alors la plaine.

Transportant un balluchon de désespoir en ses particules, la fine poussière voulait échapper à l’haleine d’un balourd de brouillard. Elle voguait, fuyait sans destination précise, comme le contrebandier devant les gendarmes. Plaisir inassouvi. La cendre ocre virevoltait au dessus des têtes, à l’intérieur des maisons. Elle se nichait dans les yeux, les narines, les vêtements, les lits.

Au cœur de pierre et omnipotent, le brouillard était déjà là, partout, embusqué dans les esprits. Il guettait ses proies. Sa polaire affectueuse et humide les couvait, les emmitouflait. J’entendais parfois l’orage crier de joie. Le ciel aimait rire de nous. Parfois, en effet, il roulait des tambours. Il empêchait le soleil d’apparaître. Mais nos ombres finissaient par se dessiner.

Jim Selouane

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Ravaler son pouce

404Pour les adultes comme pour nous autres traîne-poussière à la tignasse de ronces, quelque soit sa couleur, une 404 reste une 404. Toutefois, si elle est blanche, ce n’est plus une 404 mais une « Chidi ».

Un engin de prestige réservé aux contrebandiers, inaccessible aux fellahs. Nous, on se déplaçait à pieds ou à dos de mulet. Les notables, eux, et les fortunés, ainsi considérés, s’entassaient, fièrement, à huit, neuf ou dix (leurs chérubins sur les genoux) dans les taxis collectifs, comme dans des paniers à poules. Je les apercevais dresser la tête, cherchant désespérément à échapper aux odeurs entremêlées de leurs orteils. Ils s’éloignaient tandis que le bitume escarpé usait mes précieuses méduses.

Et ces chauffeurs grippe-sou qui ne cessaient de s’arrêter et de redémarrer ! Parfois devant mon nez, sans me voir. Leurs véhicules empestaient l’échappement et affolaient la poussière. Ils embarquaient les nantis. Toujours les nantis. Les premiers installés grimaçaient face à l’entrain des derniers à qui ils faisaient place. Au mépris des va-nu-pieds, laissés sur le bas côté. Alors je ravalais mon pouce et chapardais les restes de respect dû au propriétaire de la « Chidi »; je grappillais une miette des honneurs faits au pionnier des contrebandiers.

Jim Selouane

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dimanche 16 décembre 2007

Izlan, joute poético-satirique improvisée

untitledVoici des enregistrements « artisanaux » d’une soirée précédant une cérémonie, lieu d’expression des izlan chantonnés, sans artifice, par les femmes et les jeunes filles. Mieux que n’importe quel discours, ces deux morceaux nous convient dans une ambiance rifaine de joie et de bonne humeur.

Outre les appellations savantes, les izlan, joute poético-politico-socio-satirique fondée sur l'improvisation, s'apparentent plus à ce qui est communément appelé un "beuf". Une fête "organisée" par les convives ou les membres d'une même famille.

Bonne écoute et n’oubliez pas de laisser vos commentaires.

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Izlan_du_Rif

Izlan n wurar 1

Izlan_du_Rif

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samedi 15 décembre 2007

Promesse de contrebandier

Nouvelles_PoussesJe m’étais fait une promesse. Une promesse que je ruminais comme un veau. Un veau sans pâture. Les fois où, trop souvent, j’avais l’impression que rien n’allait plus. Une certitude qui me donnait des ailes, les jours où me couvait le sentiment d’être condamné à mâcher du pain au sarrasin noir, accommodé de graisse animale fondue à tous les repas ; un désaltérant qui m’abreuvait de douceur quand j’étais voué à boire, éternellement, l’eau du fond des puits, croupie, mi-salée, mi-tiède, agitée pourtant par une foule de têtards ; une bouffée d’air qui me ravivait lorsque je me consumais comme le crottin de cheval, roulé dans du papier journal « El Païs », que je fumais en cachette.

Je m’étais fait une promesse. Celle de ne pas hériter ni de transmettre la tristesse qui, bien plus que les intempéries, ravageait le visage de mon père. Une tristesse qui l’enterrait à mesure qu’il éventrait la terre pour en extraire la pierraille, négociée trois francs six sous la charrette.

untitledJe m’étais fait une promesse. Un objectif précieux. Le projet de m’acheter une 404 blanche, aux vitres teintées, rapide et silencieuse. Une ambition à savourer le plus tôt possible. S’il le fallait, pour ça, je vendrai du sable aux Nomades.

Au volant de ma Peugeot, j’emprunterai les chemins caillouteux que je connais comme les lignes de la main, je devinerai dans l’obscurité ceux qui ne sont pas tracés. Je les improviserai en contournant bosquets et rochers. Je ferai hurler les pneus de ma voiture sur la rocaille jusqu’à l’une de mes planques. Secrète. Léger comme l’air, je disparaîtrai dans le vent. Derrière moi, une traînée de poussière. Seule preuve de mon passage. De mon existence. Le nuage de cendre ocre emprisonnera les hommes en uniforme. A l’asphyxie. Sans me fatiguer. En m’amusant. Comme mon idole.

Jim Selouane

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mercredi 12 décembre 2007

Kadhafi, président ?

qadafiAvant que le terrorisme secoue à nouveau Tamazgha Centrale (Algérie) faisant au moins 62 morts dans un double attentat à Alger selon Rue89, occupant ainsi une place de choix dans l’actualité, certains médias nous laissaient penser, volontairement ou non, que Kadhafi est président de la Libye. Il est fort probable que les cinq millions de libyens doivent s’étonner d’avoir élu, sans le savoir, l’instigateur du coup d’état de 1969.

Kadhafi lui-même ne semble pas revendiquer la fonction suprême telle qu’elle est considérée dans les démocraties modernes. Il dit qu’il n’a « aucun pouvoir, ni compétence particulière pour décider du bien de la Libye. Il appartient au peuple de mener la politique qui correspond à ses aspiration. »

KDans la liste d’organes de presse qui couronnent le panarabiste libyen, citons Reporters sans frontières qui se dit « consternée par l’aggravation des peines réclamées en appel à l’encontre d’Ali Fodil et Naïla Berrahal, respectivement directeur et journaliste du quotidien arabophone Ech-Chourouk, dans le procès en diffamation qui les oppose au président libyen Mouammar Kadhafi. »

Egalement, sur son blog, Ségolène Royal, l'ex-candidate PS à la présidentielle, s'est déclarée « "profondément en désaccord" avec la visite du président libyen Mouammar Kadhafi en France, car les infirmières bulgares "ont été torturées" ce qui "ne s'est pas fait à l'insu de Kadhafi". »

De même, les échos.fr titre ainsi un billet du 10 décembre 2007 : « Rafale : Paris espère une marque d'intérêt du président libyen »

« Le président libyen a répliqué à son tour, ironiquement, hier, sur la question des droits de l’Homme dont certains le pressent de s’expliquer. » Le Télégramme.com.

« Le président libyen, Mouammar Kadhafi, est arrivé, mardi 11 décembre, à 11 h 45 au Palais Bourbon. » Le Monde.fr

KadhafiLundi, après avoir reçu le colonel Kadhafi, Nicolas Sarkozy a déclaré : « la France a indiqué au président Kadhafi qu'elle le recevrait en France après la libération des infirmières. »

Par qui, diantre !, Kadhafi a-t-il été élu ? Où est le dictateur de naguère ? Pourquoi veut-on propager l’idée que Kadhafi est un président comme les autres, outre qu’il soit un partenaire incontournable dans l’ambitieuse entreprise de l’Union Méditerranéenne ?

Pour conclure, disons que « La visite du Président libyen en France permettra la signature de contrats dépassant les 10 milliards d`euros… »

Voilà qui est plus claire ! Les démocrates libyens se sentiront pousser des ailes de savoir que leur président reviendra avec des avions Airbus pour les expulser de leur pays.

Jim Selouane

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Kadhafi et la journée mondiale des droits de l’homme

qadafiLundi 10 décembre, journée mondiale des droits de l’homme, la France a accueillie le « Guide de la grande révolution de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste ». Cinq ans auparavant déjà, poussé à son comble, le paradoxe a voulu que les despotes de Tamazgha Orientale (Libye), animés d’idéologies racistes (nassérisme, baasisme), soient désignés par les gouvernements africains pour présider la Commission onusienne des Droits de l’homme.

imagesRama Yadé-Zimet, la jeune secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères et aux Droits de l’homme, grande gagnante de la « Star Académy » selon l’expression de Jean-Pierre Chevènement, néanmoins symbole de la représentativité des « minorités visibles » au sein de la République, a démontré sur ce coup, en plus d’être appétissante, qu’elle a aussi des convictions : « Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort » a-t-elle déclaré au journal Le Parisien. Convictions qu’elle sait taire lorsque la sagesse la rappelle à l’ordre.

Pourvu que ça (ne) dure (pas)…

Droits de l’homme et « minorités visibles »

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Si le discours du président de la République en direction des enfants de France, issus des « minorités visibles », était aussi favorable que celui à l’adresse de dictateurs étrangers tels que Kadhafi ou Poutine, la France s’empêtrerait dans un bonheur sans équivalent. Pourquoi s’y risquer ?

Par ailleurs, le 1er octobre 2007, Gay J. McDougall, experte indépendante des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités, a demandé un engagement ferme de la France pour promouvoir la diversité : «Le racisme est vivant, pernicieux et il cible clairement les minorités «visibles» issues de l'immigration qui sont pour la plupart des citoyens français». « Le message implicite dans l'appellation du nouveau Ministère de l'immigration de l'identité nationale de l'intégration et du co-développement semble leur indiquer que la présence et le nombre croissant de personnes issues de l'immigration menacent l'identité nationale de la France et constituent un problème qui doit être résolu.» a-t-elle ajouté.

A quand la rupture ?

Toujours est-il qu’au royaume romanesque de la realpolitik, la rupture n’est pas celle des couples qui font couler les larmes d’encre dan les magazines people. La rupture n’est pas non plus celle de couples qui abîment nos yeux via les écrans pâles et nos oreilles au travers du transistor. Que nenni ! La rupture en question impliquerait, au contraire, des liaisons dangereuses qui se formeraient, tripes au lit, sur « Les tombes anonymes de victimes berbères de [Kadhafi]… »

Jim Selouane

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mardi 11 décembre 2007

Kadhafi en France : face à la dictature, les médias redeviendraient-ils raisonnables ?

qadafiLa venue en France du meurtrier d’Amazighs (Berbères) libyens a manifestement un effet positif sur les principaux médias français puisque ceux-ci semblent être redevenus raisonnables en retrouvant leur sens critique, alors même que le contrepouvoir (ou plutôt, la discorde) émerge du gouvernement plutôt que de l’opposition, comme le veut la tradition démocratique française.

Depuis quelques mois en effet, il fallait être drôlement renseigné pour distinguer certaines chaînes de télévisions et journaux écrits, des services de presse de l’Elysée. Et il fallait, là aussi, faire preuve d’une distanciation astronomique pour se persuader que la France ne renouait pas avec ses vieux démons (que nous n’avons pas connus nous autres, génération de la libération de la FM et de l’abolition de la peine de mort), comme c’est encore le cas notamment en Afrique du Nord et plus particulièrement en Libye : la prédominance de la propagande.

Pour la première fois donc, depuis la campagne présidentielle de 2007, à part quelques irréductibles, les médias sont unanimement critiques à l’égard de la diplomatie française (motivée par des enjeux économiques indéniables) qui déroule le tapis rouge (notons le point levé de victoire de Kadhafi sur les marches de l’Elysée) à l’auteur du coup d’état et de la répression massive d’opposants libyens.

Peut-être se souvient-on (enfin !) que l’industrie de l’information indépendante au pays d’Omar El Mokhtar est illégale tandis qu’en France, ces derniers temps, elle avait tendance à nous dicter ce qu’il fallait penser des événements que les rédactions sélectionnaient impartialement. Ce qu’on pourrait résumer par une maxime : « Dans les dictatures, les médias sont censurés, et en démocratie, ce sont les médias qui censurent. »

Jim Selouane

Posté par Jim Selouane à 12:21 - Observatoire des 2 Rives - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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